Des affaires de pédophilie dissimulées par l'Église catholique australienne

Des affaires de pédophilie dissimulées par l'Église catholique australienne

Des affaires de pédophilie dissimulées par l'Église catholique australienne

Mis à jour 13 November 2012, 8:45 AEDT

L'Inspecteur en chef Peter Fox est un homme en colère au centre d'un scandale.

Ce policier de l'État de Nouvelle-Galles du Sud a publié le jeudi 8 novembre une lettre ouverte dans le Newcastle Herald dans laquelle il réclame publiquement la mise en place d'une commission d'enquête royale.


Peter Fox affirme que la hiérarchie catholique a systématiquement dissimulé des affaires de pédophilie, qu'elle refuse de coopérer avec la police, qu'elle a détruit des preuves importantes, qu'elle a bâillonné des témoins et  protégé des coupables.


Après avoir passé 30 ans dans les forces de police de Nouvelle-Galles du Sud, Peter Fox ne compte plus le nombre de cas d'agressions sexuelles et d'affaires de pédophilie impliquant des prêtres catholiques. Peter Fox a accepté de nous parler.


FOX : « C'est irréfutable, ce sont des faits et nous devions y faire face tout le temps. Les personnes qui disent que ce n'est pas vrai font comme les autruches et se mettent la tête dans le sable.
La plus grande frustration est qu'il y a tellement de pouvoir dans les coulisses que la police ne peut pas aller saisir des documents ou les contraindre de nous les donner. J'ai les preuves que des affaires ont été dissimulées par plusieurs évêques du diocèse, et potentiellement ça pourrait aller plus haut.
»


Les statistiques du diocèse de Newcastle-Maitland sont assez éloquentes.


400 victimes d'abus sexuels sur enfant par le clergé. Il s'agit des victimes connues.

11 membres du clergé mis en examen et condamnés depuis 1995.

6 enseignants catholiques condamnés depuis 1995.

3 prêtres actuellement devant la justice.

Un prêtre a été condamné cette année pour avoir dissimulé les agissements criminels d'un autre prêtre.

12 prêtres impliqués dans de substantielles demandes de compensation.

3 millions de dollars ; le montant le plus élevé connu de compensations versées à une victime.

C'est de tout un réseau de prêtres pédophiles et de pédophilie organisée dont on parlerait. On retrouve Peter Fox.


FOX : « La sonnerie d'alarme a commencé à sonner il y a de nombreuses années. Tant et si bien que j'ai envoyé plusieurs rapports à la hiérarchie de la police pour réclamer des enquêtes approfondies.
Ces prêtres opéraient dans des paroisses adjacentes et maltraitaient sexuellement des enfants qu'ils rencontraient dans des réunions. Un prêtre qui avait déjà été mis en examen pour pédophilie utilisait l'argent de la paroisse pour payer les avocats d'autre prêtre lui aussi mis en examen.
D'autres prêtres qui n'ont jamais été mis en examen ou condamnés ont détruit des preuves avant que la police n'arrive. On tournait en rond.
»


Jusqu'à il y a 2 ans quand Peter Fox a recueilli le témoignage d'une initiée de l'église.


FOX : « Et je qualifie cette déclaration d'explosive. Ce qu'elle dévoile est monumental.  J'ai mis 2 mois à recueillir ce témoignage en faisant très attention aux détails. J'ai passé un temps énorme avec ce témoin. Et pas seulement témoin. Elle a aussi été une victime. Donc, quand elle est venue offrir son témoignage, c'était comme ouvrir la boîte de Pandore. »


Et peu de temps après, on aurait gentiment demandé à l'inspecteur d'abandonner l'enquête et de remettre les déclarations obtenues.


FOX : « Je suis un officier haut placé des forces de police de Nouvelle-Galles du Sud  et à ce titre j'ai été très consterné. Le témoin était aussi consterné d'apprendre que l'on m'avait demandé de remettre  ses déclarations. Toujours est-il qu'un archevêque, un évêque et un prêtre sont impliqués dans cette dissimulation potentielle. »


Peter Fox a donc décidé de porter l'affaire sur la place publique. Comment va réagir sa hiérarchie ?


FOX : « Je ne sais pas si je vais être soumis à des mesures disciplinaires par rapport à ma prise de position.

Mais quelque chose ne tourne pas rond quand tant de prêtres pédophiles opèrent dans la même région, une petite région, pendant si longtemps et avec immunité
J'ai soumis rapport après rapport pour que des enquêtes soient ouvertes. Pourquoi ça n'est jamais arrivé ? Je n'ai pas encore reçu de réponse.
»


Pendant ce temps, les appels se sont multipliés pour la mise en place d'une commission d'enquête royale et l'évêque du diocèse de Newcastle-Maitland, Bill Wright, ne s'y est pas opposé.

Le chef du gouvernement de l'État du Nouvelle-Galles du Sud, Barry O'Farrel, a annoncé l'ouverture d'une enquête spéciale sur ces accusations de dissimulation d'affaires de pédophilie par l'église. Précisons qu'une Commission d'enquête spéciale n'a pas la force d'une Commission d'enquête royale et Peter Fox n'a pas caché sa déception ainsi que des députés de tous bords.

Des pressions ont ensuite  été exercées sur le Premier ministre en personne, Julia Gillard, pour qu'une Commission d'enquête royale soit mise en place à l'échelle nationale et pas seulement dans l'État de Nouvelle-Galles du Sud pour enquêter sur les tentacules de la pédophilie dans l'Église catholique à travers tous les États et territoires australiens.

Hier, en fin d'après-midi, Mme Gillard a annoncé l'établissement d'une comission d'enquête royale à l'échelle nationale sur les allégations explosives de Peter Fox.
Affaire à suivre…