PNG: Nautilus boit la tasse

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Mis à jour 16 November 2012, 10:12 AEST

La compagnie minière canadienne a suspendu son chantier de Solwara 1 faute de cash. Le gouvernement papou, co-actionnaire, refuse de mettre la main à la poche. 

 

La mine Solwara 1 à Milne Bay sera la première mine sous-marine au monde. Elle est censée doit exploiter l'or et le cuivre qui dorment au fond de l'océan. La facture de la construction de la mine Solwara 1 se monte déjà à 25 millions de dollars. Nautilus affirme que c'est au gouvernement papou de la régler, car il est co-actionnaire. Lequel gouvernement refuse. Nautilus réclame en outre le versement de l'apport en capital de l'Etat papou, d'un montant de 50 millions de dollars américains. Là encore, refus du gouvernement papou. 
 
Devant l'impasse, la compagnie minière a suspendu ses travaux, et dans la foulée, son action a chuté de 40%. Plus de 60 emplois ont aussi été supprimés. A tel point qu'on se demande désormais si cette mine sous-marine verra bien le jour. Mais Mike Johnston, le PDG de Nautilus Minerals, reste confiant: 
 
«Nous sommes en train de suspendre nos contrats avec nos fournisseurs, nous avons arrêté toutes les dépenses, et nous avons engagé des négociations avec le gouvernement papou et nous faisons tout pour résoudre cette impasse. Sachant que ce qu'il y a de bien, c'est que nous pouvons nous parler maintenant que nous avons coupé toutes les dépenses, nous sommes sur un pied d'égalité désormais. Nous sommes enfin sortis de la situation où nous devions chaque semaine débourser les 3 millions de dollars nécessaires au fonctionnement de la mine, et que le gouvernement refuse de payer chaque semaine. Nous aimerions sortir rapidement de cette impasse, mais nous n'avons aucune raison d'envisager de quitter la Papouasie Nouvelle-Guinée, car nous avons déjà déployé beaucoup d'énergie et de moyens pour que ce projet démarre. Et puis nous avons créé des liens avec les Papous et nous avons beaucoup d'employés papous. En ce qui me concerne, l'issue de ce désaccord est totalement ouverte, et j'aimerais bien que ça se résolve.» 
 
Et il faudra, d'une façon ou d'une autre, que Nautilus se réconcilie avec le gouvernement papou. Car il n'y a pas de plan B, pas d'investisseur privé qui pourrait potentiellement remplacer l'Etat papou. On écoute l'analyse de Colin Filer, spécialiste de l'exploitation minière en Papouasie Nouvelle-Guinée et professeur à l'Université Nationale Australienn, au micro de Richard Ewart : 
 
«Si Nautilus voulait se passer de l'Etat papou comme co-actionnaire, cela signifierait que la compagnie minière doive trouver un autre partenaire, une entreprise privée cette fois-ci. Et pour Nautilus, se passer de l'apport en capital et du soutien politique du gouvernement papou, ce serait aller vers de graves difficultés. Car la Papouasie Nouvelle-Guinée est déjà un pays où investir est risqué, alors aucun investisseur n'irait se mettre dans un projet minier duquel le gouvernement s'est retiré, c'est mauvais signe pour un investisseur, et il y réfléchirait à deux fois avant de prendre la suite de l'Etat papou.» 
 
La semaine est décidément difficile pour Nautilus. Outre les problèmes de trésorerie, la compagnie minière doit faire face à la campagne médiatique des opposants à la mine sous-marine de Solwara 1. Une campagne menée entre autres par l'organisation écologiste Les Amis de la Terre. Nautilus a obtenu de l'Etat papou une licence d'exploitation de 20 ans l'année dernière, grâce à une étude d'impact environnemental très positive.
 
Les Amis de la Terre, eux, estiment que les dangers de cette exploitation du fond de l'océan sont totalement inconnus, vu que c'est une première, et affirme que les courants marins n'ont pas été étudiés. Or ils pourraient emporter les déchets miniers le long de la côte papoue et perturber la pêche et d'autres activités côtières. C'est ce qu'affirme le scientifique John Luick. Mais il est contredit par son collègue océanographe Brian King : 
 
«Je peux vous assurer que l'étude des courants marins a été intégrée à l'étude d'impact environnemental. Nous les avons utilisés pour déterminer si les déchets miniers seraient transportés hors de la zone d'exploitation. Et nous avons découvert que les courants océaniques sont très faibles dans la région, car ils sont liés aux marées, concrètement, la moitié du temps ces courants vont dans une direction, mais l'autre moitié du temps, les courants vont en sens inverse, donc leurs effets s'annulent et les déchets n'iront pas bien loin. Et comme en plus ces courants sont faibles, les déchets ont toutes les chances de rester sur le site de la mine.» 
 
Brian King répondait aux questions de Corinne Podger sur Radio Australie.