Les Martu, la chasse, le feu, et l'environnement

Les Martu, la chasse, le feu, et l'environnement

Les Martu, la chasse, le feu, et l'environnement

Mis à jour 21 December 2012, 13:11 AEDT

En Australie, l'été a déjà fait des dégâts. Chaque année, les feux de brousse détruisent l'environnement et coûtent des millions de dollars au pays. 

Cette année, ils ont déjà dévasté la campagne au nord d'Adelaïde en Australie du Sud et sur la côte d'Australie Occidentale. 

Cet Etat très peu peuplé est grand comme 4 fois la France. La traque au feu de brousse sur cet immense territoire est donc un sacré défi. Les autorités peuvent  toujours envoyer des avions ou des hélicoptères provoquer des feux maîtrisés, pour rompre le tissu continu de végétation et éviter la propagation d'immenses feux de brousse qui détruisent tout et tous sur leur passage. 
 
Mais il y a plus simple. Les Aborigènes ont trouvé la solution depuis des millénaires. Doug Bird et Rebecca Bliege Bird, tous deux anthropologues de l'environnement américains à l'Université de Stanford, travaillent depuis 2003 dans le pays des Martu, un peuple aborigène installé au nord-est de l'Australie Occidentale, dans une région très aride. Ils ont commencé leurs recherches sur la pratique de la chasse rituelle, toujours en vigueur chez les Martu : 
 
«Les Martus qui vivent dans des villages isolés chassent et cueillent tous les jours. Et la chasse et la cueillette couvrent 37% de l'apport en calories de chaque Martu. D'ailleurs les gens se considèrent comme des chasseurs professionnels, c'est leur travail. La chasse à l'iguane est la plus rentable, on est sûr d'en capturer, et les femmes se sont donc spécialisées dans l'iguane. Elles chassent en groupe, pour nourrir leurs enfants. Et ce sont de loin les plus assidues. Les hommes, eux, se spécialisent dans la chasse au gros gibier, principalement le kangourou. Souvent ils reviennent bredouilles, mais quand ils tuent un kangourou, ils ramènent énormément de viande. Alors que les iguanes ne nourrissent qu'une personne. Ceci dit, il arrive quand même aux hommes de chasser avec les femmes.» 
 
Quel rapport avec les feux de brousse me direz-vous ? Eh bien tout l'enjeu réside dans la technique de chasse des Martu. Doug Bird: 
 
«Pour débusquer les iguanes des sables, particulièrement en hiver quand ils hibernent, les femmes Martus allument des feux. Ça leur permet de mettre à jour les itinéraires des iguanes, de voir leurs empreintes, et d'accéder plus facilement à leurs terriers, car sinon la végétation de spinifex, l'herbe des zones arides, est trop dense. Les chasseuses marchent derrière le mur de feu et fouillent le sable avec leurs bâtons, une fois qu'elles ont localisé un terrier, elles creusent et attrapent l'iguane à la main.» 
 
Loin de créer d'immenses feux de brousses incontrôlables, ces brûlis organisés quotidiennement par les femmes Martu sauvent l'environnement de la dévastation.
 
«Les zones brûlées par les Martu sont petites, du coup, vu du dessus, cela ressemble à un patchwork, avec de la végétation entrecoupée de chemins de sable, là où la végétation a été brûlée. Ce qu'on constate c'est que si les Martu s'arrêtent de chasser en utilisant technique du brûlis, alors les feux de brousse à grande échelle et donc difficilement contrôlables se multiplient. Donc la chasse des Martu permet de lutter contre les feux de brousse, mais elle a aussi un second avantage : elle protège les petits mammifères. Ils ont besoin de se disperser, soit pour trouver de la nourriture, soit pour trouver un partenaire et s'accoupler. Quand il y a des feux de brousse, de grands territoires sont privés de végétation, les petits mammifères doivent donc traverser un désert qui est très dangereux pour eux, ils sont exposés aux prédateurs, dont les renards et les chats sauvages, introduits en Australie par les colons. Résultat : la population de petits mammifères a beaucoup baissé quand les Martu n'ont pas pu perpétuer leur chasse traditionnelle en allumant des feux.» 
 
A partir de 1966, les Martu, ont été arrachés à leur semi-désert et placés dans des missions religieuses par le gouvernement australien, pour y recevoir une éducation de Blanc. Mais dès le début des années 80, ils sont revenus sur leur terre et ont commencé à construire des villages.
 
Pendant 15 ans donc, les Martu n'ont pas pratiqué leur chasse traditionnelle utilisant la technique des brûlis. Résultat : la population de petits mammifères a beaucoup reculé en pays Martu et peine toujours à remonter la pente. Mais bonne nouvelle, il suffit de quelques 4x4, d'une belle assiduité et de peu de personnes pour entretenir l'environnement grâce aux brûlis. Les Martu sont d'excellents jardiniers traditionnels. Et ils sont la preuve vivante que l'intervention de l'homme sur l'environnement n'est pas toujours néfaste.