Fidji: les 600 copies de la Constitution saisies par la police

Fidji: les 600 copies de la Constitution saisies par la police

Fidji: les 600 copies de la Constitution saisies par la police

Mis à jour 31 December 2012, 14:44 AEDT

On ne l'a appris que vendredi. A Fidji, la totalité des versions imprimées de la nouvelle Constitution ont été saisies par des policiers samedi 22 décembre.

 

C'est le Président de la Commission constitutionnelle lui-même, Yash Ghai, qui a alerté Radio Australie : 
 
«Il y avait 12 policiers quand je suis arrivé. Ils avaient été envoyés pour prendre les cartons de copies du projet de Constitution. Je leur ai dit que la police se devait d'obéir à la loi et que ces copies appartenaient à la Commission constitutionnelle. Ils étaient un peu embarrassés. Et puis ils ont finalement appelé leur officier, qui est arrivé une demi-heure plus tard et a été très impoli avec moi. Je ne peux pas répéter ses insultes à l'antenne. Il m'a poussé de côté et ses hommes ont pris les cartons et les ont chargés dans un camion.»
 
Le Professeur Yash Ghai accuse le gouvernement de Franck Bainimarama d'avoir orchestré cette saisie des copies de la Constitution. Le gouvernement se refuse pour l'instant à tout commentaire. Et personne ne sait où ces copies ont été emmenées. Ce que Yash Ghai sait de manière certaine, c'est le sort réservé à quelques copies passées préalablement à la broyeuse :  
 
«Oui, je leur ai demandé: pourquoi vous y mettez le feu ? Vous avez déjà passé ces copies à la broyeuse, que voulez-vous de plus ? Personne ne peut reconstituer les documents ! Mais ils ont continué, ils sont allés chercher un bidon d'essence, et ils ont mis le feu aux papiers. Et toutes les deux minutes, les policiers reversaient un peu d'essence sur le feu jusqu'à ce que les copies de la Constitution soient réduites en cendre.» 
 
Ce petit autodafé de la future Constitution fidjienne fait douter le Président de la Commission constitutionnelle de l'avenir démocratique du pays:
 
«Je suis vraiment très peiné, et clairement la personne qui a donné l'ordre de cette mise en scène très symbolique veut me montrer qu'il ne respecte pas mon travail. Je suis vraiment désolé, non seulement pour moi mais aussi pour tous les Fidjiens, car si l'ordre émanait bien du gouvernement, cet incident montre à quel point il méprise notre travail et celui des milliers de Fidjiens venus nous soumettre leurs propositions pour la rédaction du projet de Constitution. Je me suis senti trahi, mais surtout, je me demande si Fidji l'aura un jour, cette Constitution démocratique. J'espère toujours que le gouvernement nommera une Assemblée Constituante qui sera représentative du peuple fidjien. Mais je dois dire que c'est décourageant.» 
 
Le professeur en droit constitutionnel Yash Ghai est pourtant un habitué des pays en apprentissage de la démocratie. Il a entre autres participé à la rédaction de la Constitution népalaise, il a été Secrétaire-Général de l'ONU aux Droits de l'Homme au Cambodge, il a révisé la Constitution du Kenya. Malgré sa carrière impressionnante, il n'a jamais vu d'autodafé de la Constitution dans les autres pays où il a travaillé:
 
«Non. J'ai eu des moments difficiles dans certains pays, mais pas de l'ampleur de ce que j'ai vécu à Fidji. Et je ne me suis jamais retrouvé dans une situation dans laquelle un gouvernement essaie de dissimuler les recommandations faites par la Commission constitutionnelle qu'il a pourtant lui-même nommée. D'autant que le gouvernement nous a garanti notre indépendance dès le début et il nous a encouragés à consulter le peuple fidjien. Si notre projet doit être étudié par l'Assemblée Constituante, cela implique qu'elle puisse au moins y avoir accès pour en discuter, comme le prévoit d'ailleurs le décret pris par le gouvernement.» 
 
Le professeur Yash Ghai, Président de la Commission constitutionnelle fidjienne, au micro de Bruce Hill sur Radio Australie.