Australie: la canicule est-elle due au changement climatique?

Australie: la canicule est-elle due au changement climatique?

Australie: la canicule est-elle due au changement climatique?

Mis à jour 28 January 2013, 13:36 AEDT

Aujourd'hui le Queensland et la Nouvelle-Galles du Sud sont frappés par des inondations, mais pendant ce temps-là, la brousse brûle dans le nord-est du Victoria et au nord de Perth, en Australie Occidentale. Ce sont, on l'espère, les derniers feux d'une saison extrêmement mouvementée, marquée par une canicule record.

 

Le 4 janvier, le quart sud-est de l'Australie s'est transformé en brasier géant. Soit quatre Etats sur huit, les plus peuplés. Et la coupable, c'est une canicule sans précédent qui s'est éternisée pendant 15 jours. Le climatologue Karl Braganza est le directeur du service d'observation du climat au sein du Bureau australien de la Météorologie : 
 
«Elle est remarquable par son étendue géographique. 70 à 80% du pays enregistrait des températures de plus de 42 degrés. Et ça a duré 2 semaines, ce qui est très inhabituel. On battait des records tous les jours c'est pour ça que cette canicule est historique. La température maximale moyenne pour toute l'Australie est restée au-dessus de 39 degrés pendant 7 jours d'affilée. Et la température moyenne pour tout le pays a dépassé 30 degrés pendant 11 jours d'affilée. Jusqu'à présent, ça nous est arrivé une fois d'atteindre de telles températures, mais pas pendant plus de quatre jours. C'était pendant la grande canicule de 1972, mais elle n'était pas aussi étendue dans le temps et dans l'espace. Cette canicule de janvier bat vraiment tous les records.» 
 
«Et même si on ne peut attribuer chaque événement au changement climatique… nous savons qu'avec le temps, à cause du changement climatique, nous connaîtrons de plus en plus d'événements climatiques extrêmes comme celui-ci.» 
 
Ce sont les mots de la Première ministre travailliste australienne Julia Gillard, le 7 janvier dernier. Ce débat-là a pris feu tout aussi rapidement que la brousse australienne. «C'est très facile de rendre le changement climatique responsable de catastrophes naturelles qui reviennent périodiquement en Australie depuis des millénaires», a riposté le Premier ministre de l'Etat du Queensland, Campbell Newman, membre du parti Libéral, de droite et d'opposition. 
 
Voyant le débat s'enflammer entre la majorité travailliste et l'opposition libérale, deux organismes d'Etat ont produit des rapports à toute vitesse pour trancher le débat, la Commission du Changement Climatique... et le Bureau de la Météorologie et son service climat, dont on écoute le directeur, Karl Braganza : 
 
«La mousson a démarré plus tard sur le nord de l'Australie, donc elle a permis au soleil de briller plus longtemps sur le continent. D'habitude il commence à pleuvoir à Noël sur les tropiques. Et cette année, la mousson a eu un mois de retard, ça s'est déjà vu par le passé. Donc ça c'est une cause naturelle de la canicule. Mais c'est aussi du au climat. Depuis septembre l'Australie connaît des températures élevées, anormales, et le continent est donc très sec. Un contexte idéal pour l'éclosion de records de chaleur quand vient l'été fin novembre. Depuis la Seconde guerre mondiale, la température a augmenté d'un tout petit peu moins d'un degré en Australie. On a eu une canicule intense en 1972, mais nettement moins que celle de 2013, que nous ne pouvons expliquer qu'en invoquant le changement climatique.» 
 
En Australie, la communauté scientifique est quasi unanime sur la responsabilité du changement climatique dans cette canicule de tous les records. Alors pourquoi la majorité travailliste et l'opposition libérale australiennes poursuivent-elles le débat ? 
 
A cause de la taxe carbone, instaurée en juillet 2012 par le gouvernement travailliste. Et farouchement combattue par l'opposition libérale. La taxe touche les 300 entreprises les plus polluantes d'Australie, avant tout les mines de charbon et les centrales d'électricité au charbon. A 18 euros la tonne émise, la taxe est logiquement répercutée sur les consommateurs australiens. Julia Gillard, la Première ministre, leur offre des compensations, mais le pays a eu beaucoup de mal à accepter cette taxe.  
 
Cette canicule et le brasier qu'elle a allumé, c'est l'occasion pour Julia Gillard de faire de la pédagogie. Les Australiens peuvent toucher du doigt les conséquences du changement climatique, qui détruit des maisons et ravage des fermes. Et peut-être peuvent-ils mieux accepter de payer pour réduire leurs émissions. 
 
A droite aussi, cette canicule est une aubaine. Warren Truss, le numéro 2 de l'opposition, affirme que les feux rejettent autant de CO2 dans l'atmosphère qu'une année d'émissions de carbone de tout le parc des centrales électriques qui fonctionnent au charbon, histoire de montrer que les hommes ne sont pas les seuls responsables des émissions de CO2, mère nature et les hommes seraient à égalité. Une opinion démontée, calculette en main, par plusieurs scientifiques australiens. On écoute la réaction de Greg Hunt, Greg Hunt, le shadow minister de l'environnement: 
 
«Les centrales électriques émettent 200 millions de tonnes par an en Australie, et nous ne savons pas encore combien de tonnes ont été émises par les feux. Mais je ne vais pas me lancer dans cette polémique. La vraie question, c'est celle de la taxe carbone, qui ne réduit rien du tout. En réalité, la taxe carbone augmente les émissions de CO2. Les Australiens paient leur électricité plus cher, mais c'est un service de base, ils ne peuvent pas réduire leur consommation!  Donc la taxe a un impact modeste voir nul. En plus des entreprises délocalisent à l'étranger car leur facture d'électricité est trop élevée, mais on ne fait que déplacer le problème. Ça ne réduit pas les émissions mondiales de CO2. Au contraire, il faudrait subventionner l'économie, pour réduire les émissions des centrales électriques au charbon, subventionner les compagnies minières pour qu'elles traitent leurs déchets autrement, et subventionner des projets de captage de CO2, améliorer l'efficacité énergétique.»
 
Et ce débat sur la réponse à apporter au changement climatique en Australie va se poursuivre, car les scientifiques prédisent à l'avenir une intensification des canicules extrêmes comme celle que vient de traverser le pays.