"Stori Tumbuna": l'abominable homme des tropiques

"Stori Tumbuna": l'abominable homme des tropiques

"Stori Tumbuna": l'abominable homme des tropiques

Mis à jour 13 February 2013, 11:46 AEDT

C'est le titre du documentaire du Neo-Zelandais Paul Wolfram et de ses amis Laks, qui vivent en Papouasie Nouvelle-Guinee. Un film collectif en lice pour le grand prix du 10eme FIFO - Festival International du Film documentaire Oceanien, qui s'ouvrira demain a Tahiti.

«Song ? Song est un homme sauvage qui vit dans la jungle. Il tue les gens qui s’aventurent dans la jungle. Le Song est hirsute, il a des cheveux très longs, des mains démesurées, et ses pieds sont montés à l’envers. Quand vous voyez ses traces dans la jungle aller vers la droite, eh ben en fait il est parti vers la gauche. Parce que ses orteils sont à la place de ses talons. C’est comme ça que le Song arrive à tuer tant de gens. Quand ils fuient dans le sens inverse des empreintes du Song, en fait ils se jettent dans sa gueule.» 

Cet abominable monstre des tropiques est le centre de « Stori Tumbuna », le documentaire de Paul Wolffram en compétition au 10ème Festival International du Film documentaire Océanien à Papeete cette semaine. Ce Néo-Zélandais a débarqué en qualité d’ethnomusicologue en pays Lak, une ethnie qui vit au sud de l’île de Nouvelle-Irlande, en Papouasie Nouvelle-Guinée.

Mais au bout de six mois, les villageois ont compris qu’ils pourraient se servir de la caméra amateur de Paul Wolffram pour raconter des histoires. C’est alors qu’est né le projet d’une ethnofiction, un type de documentaire inventé par le cinéaste français Jean Rouch dans les années 50. 

Un vieil homme parti chasser disparaît dans la jungle. Un villageois retrouve son paquetage et les femmes commencent leurs lamentations de deuil. Aucun doute, c’est le Song qui a emporté le vieil homme. Paul Wolffram et les villageois partent sur la trace du monstre et évidemment ne comptez pas sur moi pour vous révéler le dénouement. Mais ce qui est sûr, c’est que c’est un documentaire à rebondissements.

Pas de chance Paul Wolffram est en tournage en ce moment en Nouvelle-Zélande, il n’est donc pas présent au FIFO, mais nous l’avons saisi au téléphone avant de nous envoler vers Papeete.

SON manière de raconter des histoires des Lak

Stori Tumbuna, en tok pisin, donc le pidgin de Papouasie Nouvelle-Guinée, ça veut dire « les histoires, les contes des ancêtres ». Cet ethnofiction est le fruit d’un travail collectif entre Paul Wolffram et les villageois avec lesquels il a vécu pendant 2 ans.

SON comment fonctionnait la réalisation collective (45’’)

«Paul : vous croyez que le Song existe vraiment ou que c’est juste un mythe ?

Jeune homme : Bien sûr qu’il existe !

Un autre homme : Ça s’est bien un truc des Blancs, vous ne pouvez croire en quelque chose que si vous l’avez dans les mains, donc tu croiras au Song que quand on l’aura capturé !

Paul : C’est vrai.»

Oui, qui peut, sérieusement, croire à la légende du monstre de la jungle ? Les Blancs cartésiens, sûrement pas. Mais le gouvernement provincial non plus… L’histoire du Song, visiblement, c’est pas fait pour les citadins assis dans leurs bureaux.

«Nerus : Et pourquoi on ne demanderait pas l’aide du gouvernement provincial ? Ils pourraient nous envoyer l’armée ou au moins des armes pour qu’on puisse traquer le Song !

Le chef, Bar : mais on a déjà essayé et ils ne nous croient jamais !

Les autres : c’est vrai, le gouvernement se contrefiche de nous, on n’est rien pour eux de toute façon.»

SON Ils parlent souvent du fait que le gouvernement ne les aidera pas : ils sont coupés du monde sur l’île de Nouvelle-Irlande (1’18’’)

En 2011, « Stori Tumbuna » a été couronné du prix Jean Rouch du Festival de la société d’anthropologie visuelle de San Francisco ainsi que du grand prix du festival international du cinéma ethnographique Jean Rouch à Paris.