Australie: « je ne me souviens pas »

Australie: « je ne me souviens pas »

Australie: « je ne me souviens pas »

Mis à jour 1 July 2014, 14:34 AEST

C'est un bilan glaçant. Lundi, la Commission royale d'enquête sur les agressions sexuelles contre des enfants et adolescents a rendu son rapport d'évaluation à mi parcours au gouvernement. 

Sa mission première n'est pas de condamner des pédophiles. La Commission examine avant tout la réaction des institutions face aux crimes pédophiles, qui bien souvent ont étouffé les scandales. On ne parle pas ici de quelques cas isolés, mais justement, de crimes institutionnalisés : au sein de l'Église catholique, de l'Église anglicane, chez les Scouts, à l'Armée du Salut, dans les orphelinats, etc., qui remontent parfois à des dizaines d'années. 
 
En 9 mois, la Commission royale d'enquête a mené 14 auditions publiques à Adelaïde, Brisbane, Perth, Sydney et Canberra, avec 220 témoins, mais aussi 1700 entretiens privés avec des victimes. Et 160 dénonciations de pédophiles ont été transmises à la police pour enquête. 
 
À Canberra cette semaine, c'est l'ordre des Frères maristes qui est sur la sellette. En 25 ans de carrière au collège-lycée mariste de la capitale, le frère John Kostka Chute a agressé sexuellement 6 enfants et adolescents. Il a été condamné en 2009 à 6 ans de prison. Mais 33 autres anciens élèves l'accusent d'attouchements. Malgré cela, il n'a jamais été défroqué. 
 
Lundi son supérieur, le frère Alexis Turton, a comparu devant la Commission. Dans les années 90, un ancien élève, Damien DeMarco, est venu lui raconter son agression par le frère Chute. Mais le frère Turton n'a jamais rien fait:
 
« Je n'avais aucune raison de ne pas croire ce que M. De Marco me racontait. Mais je ne me souviens pas exactement de ses propos. Je ne les ai pas pris en note. Je ne peux pas être plus précis que ça. Je prends acte de ses accusations et il fait peut-être référence aux attouchements, mais je ne me souviens pas exactement de ses propos. »  
 
La Commission royale d'enquête affirme que ces auditions ont déjà changé la façon dont opèrent les grandes institutions chargées d'enfants et d'adolescents. Elles seraient plus prudentes au recrutement, elles vérifieraient le passé de ces éducateurs et elles seraient en train d'accepter d'assumer la responsabilité des crimes commis par leurs employés. 
 
La Commission royale d'enquête croule sous les témoignages de victimes de pédophiles dans diverses institutions. Elle en a reçu bien plus que prévu. Normalement son mandat s'arrête en 2015. Mais elle demande une prolongation de deux ans, pour achever de nettoyer les écuries d'Augias. Reste à savoir si le gouvernement est prêt à débloquer les 100 millions de dollars supplémentaires nécessaires. Car sa priorité est de faire des économies pour revenir à l'excédent budgétaire.