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Aborigènes: la préhistoire australienne fait un bond de 10 000 ans en arrière

Aborigènes: la préhistoire australienne fait un bond de 10 000 ans en arrière

Aborigènes: la préhistoire australienne fait un bond de 10 000 ans en arrière

Mis à jour 7 November 2016, 17:07 AEDT

En Australie du Sud, un Aborigène a découvert par hasard une grotte remplie de fossiles, alors qu'il s'était isolé pour satisfaire un besoin naturel. Os de wombat géant, aiguille en os de wallaby, ocre… en tout le sol de la grotte recelait environ 4300 fragments d'outils, et d'objets en os. Les plus vieux datent de 49 000 ans, ce qui recule de 10 000 ans la date estimée d’arrivée des premiers hommes dans le centre rouge de l’Australie. 

La découverte de la grotte a eu lieu dans les Flinders Ranges, à 550 km au nord d'Adelaïde, il y a 9 ans. Clifford Coulthard, un Aborigène Adnyamathanha, et l'archéologue Giles Hamm, patrouillaient ensemble les gorges de la région.
 
« Cliff a répondu à un appel de la nature, il a remonté ce lit de rivière et grimpé un peu sur le flanc de la gorge. (...) Un homme descendu de voiture pour se soulager a découvert un site majeur de la préhistoire australienne », résume l'archéologue Giles Hamm sur ABC.
 
« Ce sont les esprits m'ont montré la route », explique sobrement Cliff Coulthard. Il a grandi dans la région, et a même travaillé sur la propriété où se situe la grotte. À l'époque, les vieux Adnyamathanha qu'il côtoyait lui avaient montré plusieurs abris préhistoriques. Puis les décennies ont passé, et Cliff Coulthard avait oublié ces informations. 
 
9 ans après sa découverte, l'équipe de scientifiques, dirigée par Giles Hamm, chargé de recherches au Musée d'Australie du Sud, a publié un article jeudi dernier dans la prestigieuse revue internationale "Nature". Il révolutionne les connaissances sur l'occupation du centre de l'Australie par les Aborigènes. 
 
 

Le site de Warratyi prouve que les Aborigènes ont peuplé l'intérieur aride de l'Australie il y a environ 49 000 ans, soit 10 000 ans plus tôt que ce que l'on croyait jusqu'à présent. 

 
« Nous pensions que ce site était vieux de 5000 à 6000 ans. Mais quand nous avons découvert qu'il datait de 49 000 ans, ça a été un grand choc pour nous », souligne Giles Hamm. Ensemble, les archéologues et les propriétaires coutumiers Adnyamathanha ont creusé la terre de la grotte à une profondeur d'un mètre et mis au jour environ 4,300 objets et 200 fragments d'os de 16 espèces de mammifères et une de reptile. Ces objets et fossiles datent de 46 000 à 49 000 ans. Jusqu'à présent, le site archéologique le plus ancien connu en Australie était celui de Puritjarra, au centre de l'Australie occidentale, vieux de 38 000 ans. 
 
Une pointe en os, datant de 40 000 à 38 000 ans, est le plus vieil outil en os jamais exhumé en Australie. (Photo: Giles Hamm)
Une pointe en os, datant de 40 000 à 38 000 ans, est le plus vieil outil en os jamais exhumé en Australie. (Photo: Giles Hamm)
 
« Cette découverte à Warratyi indique que les gens ont migré du nord au sud du continent bien plus vite qu'on ne le pensait initialement », explique Giles Hamm. Selon l'archéologue, il y a 49 000 ans, le climat des Flinders Ranges était plus vivable qu'aujourd'hui. « Ils sont arrivés avant que la région devienne vraiment aride. Et d'une certaine façon, ils ont été piégés dans les Flinders quand le climat a changé (à l'avènement de la période du dernier âge glaciaire où l'étendue de glace était à son maximum, NDLR). C'était trop risqué pour eux de s'aventurer hors de cette chaîne de moyennes montagnes qui possède des sources qui ne se tarissent pas. »
 

Ocre, hache de pierre, objets en os: les premiers habitants des Flinders ont développé ces technologies très tôt 

 
Parmi les artéfacts préhistoriques qui sommeillaient depuis environ 46 000- 49 000 ans dans la grotte de Warratyi, les chercheurs ont trouvé des restes d'ocre les plus anciens d'Australie et d'Asie du Sud-Est. Mais aussi des aiguilles en os vieilles de 40 000 à 38 000 ans, dont une taillée dans un fragment de tibia de wallaby des rochers à pattes jaunes ; des outils avec des poignées en bois de 24 000 ans, et du gypse utilisé il y a probablement entre 40 000 et 33 000 ans. Et puis les habitants de Warratyi fabriquaient déjà des haches avec des manches il y a 38 000 ans. 
 
En résumé, l'aticle publié dans Nature « démolit plusieurs paradigmes (conceptions théoriques dominantes dans une communauté scientifique, NDLR) sur les indigènes australiens. Il y a 50 000 ans les gens avaient déjà développé des technologies étonnantes, bien plus tôt que nous ne le croyions », assène Gavin Prideaux, paléontologue à l'université Flinders et co-auteur des recherches. « La culture matérielle australienne est considérée comme peu évoluée par les chercheurs qui ont un point de vue eurocentrique, mais cette grotte permet de récrire l'histoire », renchérit  Michael Westaway, paléoanthropologue à l'université Griffith. 
 
Dans la chaîne des Flinders, dans le nord de l’actuelle Australie du Sud, les aborigènes cohabitaient avec la mégafaune, et chassaient, entre autres, l’immense herbivore diprotodont. (Photo: Wikimedia Commons: Dmitry Bogdanov)
Dans la chaîne des Flinders, dans le nord de l’actuelle Australie du Sud, les aborigènes cohabitaient avec la mégafaune, et chassaient, entre autres, l’immense herbivore diprotodont. (Photo: Wikimedia Commons: Dmitry Bogdanov)

À Warratyi, les premiers habitants chassaient le diprotodon 

 
Ils côtoyaient la mégafaune australienne, comme en témoignent ces oeufs d'un ancien oiseau géant, et ces os de diprotodon retrouvés dans le sol. Le diprotodon optatum, une sorte de wombat géant, était un herbivore. 
 
« La seule explication possible de la présence de ces os et coquilles (dans une grotte à flanc de falaise abrupte, NDRL), c'est qu'ils aient été ramenés par des hommes, pour leurs repas, et c'est une découverte majeure concernant la mégafaune », estime le professeur Gavin Prideaux. « Les vieux m'ont toujours dit que nos ancêtres chassaient et mangeaient le diprotodon », affirme de son côté Cliff Coulthard, l'heureux découvreur de la grotte préhistorique de Warratyi. 
 
Voilà qui remet en cause une thèse largement acceptée jusqu'à présent, selon laquelle la mégafaune avait disparu à cause d'un changement climatique. Or on sait maintenant que les hommes vivaient parmi ces mégas animaux et les chassaient, et peuvent donc avoir été à l'origine de leur extinction.