"Scarlet Road": "j'ai tout le temps besoin de sexe pour me relaxer"

"Scarlet Road": "j'ai tout le temps besoin de sexe pour me relaxer"

"Scarlet Road": "j'ai tout le temps besoin de sexe pour me relaxer"

Mis à jour 19 February 2013, 10:09 AEDT

Avant-dernier jour du 10eme festival international du film documentaire oceanien a Tahiti ou Radio Australie a etabli ses quartiers. Aujourd’hui nous rencontrons Catherine Scott, la realisatrice australienne de “Scarlet Road”, en competition pour le Grand Prix.

Ce documentaire australien est doublement subversif, puisqu’il suit la vie et le militantisme de Rachel Wotton, une travailleuse du sexe basee a Sydney, dont la moitie des clients sont des handicapes.

Dans cet extrait, Denise tient la hotline d’une federation d’associations a Sydney, et elle recoit l’appel d’un handicape qui ne sait pas comment faire pour avoir une vie sexuelle ni ou aller pour trouver une travailleuse du sexe. Et puis la voix de robot qu’on a entendu ensuite, c’est Mark, atteint d’infirmite motrice cerebrale, qui ne peut pas parler et utilise donc une prothese informatisee pour communiquer avec le monde exterieur. Et lui, Mark, explique au micro et a la camera de Catherine Scott, la realisatrice de Scarlet Road: “les gens ne comprennent pas combien le sexe est important, quand vous avez une paralysie cerebrale spastique, vous avez des spasmes dans les muscles en permanence, j’ai tout le temps besoin de sexe pour pouvoir me relaxer.”

Le film explore a parts egales la double discrimination de deux minorites, celle des handicapes, mais aussi celle des travailleurs du sexe. C’est un documentaire militant, qui souhaite assouplir les mentalites et legaliser la prostitution. Il s’agit de proteger les travailleurs du sexe, mais pas seulement. Rachel, dans le film, evoque son sentiment d’etre une citoyenne de seconde zone parce qu’elle vend son corps. Voila qui est horriblement reducteur, c’est bien une phrase de journaliste. Car Rachel vend plus que cela, elle devient quasiment therapeute, voire psy, avec ses clients.

Et pour nous raconter son film, Catherine Scott a repere le stand d’une compagnie aerienne bien connue en France. Car le FIFO draine un aeropage de sponsors.

“C’est ce bouton-la, apputez sur celui-la, et laissez vous glisser. J’aimerais bien voyager comme ca.

C’est la premiere fois que je viens dans une ile du Pacifique. Et c’est fantastique. Les gens sont incroyablement accueillants, meme quand je marche dans la rue. Quelle gentillesse.”

Nous voila toutes les deux allongees dans les sieges d’un avion immobile. Le meilleur endroit pour parler de choses serieuses.

“Le sujet de mon film est polemique parce que les gens n’acceptent pas que les handicapes aient une sexualite, je pense meme que l’idee les repulse. Quant aux travailleurs du sexe, ils sont victimes d’une croisade morale qui fait d’eux soit des victimes, soit des femmes tombees au plus bas et qui transmettent des maladies sexuelles. Donc la societe fait de ces deux minorites un portrait injuste et ne les considere pas comme des etres humains. Et ce que je filme, c’est la rencontre de ces deux groupes que je filme. Ils ont fonde l’association Touching Base pour defendre leurs droits sexuels. Et c’est tres emouvant de les voir se soutenir mutuellement, et en plus cela fait d’eux une voix qui a plus de poids.”

Ca a ete tres difficile au debut parce que Rachel ne voulait pas etre presentee comme un objet sexuel que l’on regarde enfiler ses collants ou se deshabiller. Elle voulait que je montre les autres etapes de son travail. De l’autre cote, ses clients, eux, voulaient revendiquer leur sexualite, parce qu’ils n’en peuvent plus d’etre traites comme des etres asexues. Donc j’ai du trouver un equilibre entre les deux, et je pense que nous y sommes parvenus, et ca s’est fait tout naturellement, sur les trois annees qu’a dure le tournage.”

A premiere vue, “Scarlet Road” n’a rien d’un film oceanien, le documentaire aurait pu etre filme n’importe ou, se dit le spectateur naif. Eh bien pas du tout, il n’a pu etre tourne que grace aux lois tres tolerantes de la Nouvelle-Galles du Sud, l’Etat de Sydney, ou le travail du sexe est totalement legal. Impossible de tourner ces scenes entre Rachel et ses clients handicapes aux Etats-Unis par exemple, ou Rachel aurait fini en prison, ou en Suede ou ce sont ses clients qui auraient ete inquietes. Seule la Nouvelle-Zelande est aussi tolerante.

Et vu de France, ou le racolage et les bordels sont interdits, Scarlet Road ressemble a une apologie de la prostitution. Tout semble merveilleux, Rachel a un destin, une mission, celle de soulager les handicapes, elle dit dans le film qu’elle a choisi la prostitution parce qu’elle aime le sexe et le plaisir et le film la presente comme une therapeute. Voila qui n’a pas plus a toutes les feministes australiennes.

“C’est interessant, parce que quand je parle avec les feministes, dont je fais partie, je me rends compte que beaucoup d’entre elles n’ont jamais parle a une travailleuse du sexe. Donc la seule representation qu’elles ont ce sont les sujets tele qui filment des racoleuses dans les rues sans leur demander la permission d’ailleurs. Du coup les feministes confondent le travail du sexe avec l’esclavage sexuel. Alors que c’est tres different. Les travailleuses du sexe ont choisi leur metier, elles sont majeures et consentantes. Ca n’a rien a voir. Je ne suis pas en train de dire que l’esclavage sexuel n’existe pas, mais c’est une petite partie de l’industrie du sexe. Moi en tant que feministe, je me suis toujours plainte que les hommes ne m’ecoutent pas, alors quand je vois des femmes refusent d’ecouter d’autres femmes, ca me rend tres triste.”

Et c’est en partie pour cela que Catherine Scott s’est passionnee pour le sujet.

“L’une des raisons pour lesquelles j’ai choisi d’etre documentariste c’est que je m’interesse au monde, et pour moi c’est comme faire une these a l’universite, il faut faire beaucoup de recherches. C’est tres different d’un sujet d’info, nous nous allons chercher plus loin. Ce que j’aime, c’est me confronter a un sujet et en sortir avec ma vision du monde changee. Et apres je ne reve que d’une chose, c’est de faire le film pour que la vision du monde des gens change egalement. Je veux partager cette prise de conscience.

Bon, j’ai l’impression qu’on s’apprete a decoller d’ici. Vous vous rendez compte, c’est bien la premiere et derniere fois que je me serais assise en classe affaires. Ca marche bien ce truc, c’est trop cool, et en plus il y a un repose pieds immense. Bon enfin je rentrerai en Australie dans la betailliere, en economique, parce que nous autres documentaristes nous ne gagnons pas grand chose. C’est sympa de venir au FIFO et de vivre ca en bonus.”

 

 

 

 

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