Special FIFO: "Tongan Ark", l'arche de Futa

Special FIFO: "Tongan Ark", l'arche de Futa

Special FIFO: "Tongan Ark", l'arche de Futa

Mis à jour 19 February 2013, 10:08 AEST

"Tongan Ark", realise par le Neo-Zelandais Paul Janman, est en selection officielle de ce 10eme Festival du Film documentaire Oceanien a Tahiti. Il raconte l'histoire d'Atenisi, une universite du peuple, construite sur des marais, une universite de la libre-pensee, consideree comme subversive au royaume de Tonga. A sa tete, Futa Helu, un maitre a penser qui puisait son inspiration chez les Grecs anciens.

Le FIFO, Festival International du Film documentaire Oceanien, a souffle ses 10 bougies ce matin. La ceremonie d’ouverture a ete marquee par un beau discours du Caledonien Walles Kotra, l’homme qui a lance cette aventure culturelle dans le Pacifique. Et pour de bonnes raisons:

"Depuis 10 ans le FIFO se pose les memes questions:

- l'Oceanie disparait-elle dans le brouhaha de la mondialisation?

- pourquoi plus il y a de chaines de television, plus il y a de reseaux, et moins l'Oceanie est visible?

La raison d'etre du FIFO c'est donc tout simplement ce combat pour la visibilite, c'est-a-dire l'existence de nos cultures. Merci de venir partage avec nous ces interrogations."

Walles Kotra n’est pas seul dans son combat pour rendre visible notre continent invisible. Tous les realisateurs selectionnes cette annee apportent leur pierre a l’edifice. A l’instar du Neo-Zelandais Paul Janman. Il a consacre un documentaire a un personnage charismatique qui toute sa vie a fait le pont entre la culture tongienne et la culture occidentale. Bienvenue sur “Tongan Ark", en francais: l'arche tongienne.

 

EXTRAIT DU FILM - discours de Futa Helu lors d'une remise de diplômes en tongien 
 
Une couronne de cheveux blancs vaporeux, un regard d'une infinie douceur, et un discours de liberté... cet homme, c'est Futa Helu, philosophe, historien, professeur, et fondateur en 1975 de l'Université Atenisi à Tonga. Atenisi, c'est Athènes en tongien. Voilà qui donne le ton. Une université du peuple, une université du pauvre, aux murs branlants, aux livres usés, pour éduquer autrement les jeunes Tongiens. Telle est l'oeuvre de Futa Helu, décédé en 2010, et filmé par Paul Janman, un réalisateur néo-zélandais qui a commencé par enseigner pendant deux ans la littérature à Atenisi. Grâce à cela, il a eu un accès privilégié à Atenisi pendant les 6 années qu'ont duré le tournage. Au final, nous plongeons dans un documentaire captivant, en compétition pour le Grand Prix du FIFO 2013, et intitulé "Tongan Ark", en français l'arche tongienne. Paul Janman s'explique sur le choix de ce titre: 
 
EXTRAIT DU FILM - la fille de Futa chante Carmen face à la mer 
 
«Futa voulait sauver la culture ancienne, que ce soit la pensée des Grecs anciens, l'opéra italien ou les poèmes de la Reine Salote. Toutes ces influences sont marginalisées dans notre monde aujourd'hui. Donc je vois Futa comme le défenseur de la culture face aux intérêts commerciaux. Et Futa a créé un véhicule, une arche pour permettre aux jeunes Insulaires du Pacifique de réussir en recevant le meilleur enseignement du monde occidental et du monde océanien. Ils apprennent à penser et à être critiques, pas uniquement à devenir des travailleurs opérationnels. C'est ce qui fait d'Atenisi une arche. Et puis l'image de l'arche correspond aussi au changement climatique et à l'élévation du niveau de l'océan. Et puis il y aussi le fait que l'université est sur un terrain marécageux, dès qu'il pleut le campus est inondé et nous devons patauger dans l'eau pour atteindre les salles de classe.» 
 
Remontée opéra 
 
Et Futa Helu a réalisé une synthèse quasi parfaite entre le meilleur de la culture européenne, et de la culture tongienne. Sa fille est une cantatrice accomplie et dirige la chorale de l'université, qui fait des tournées à l'étranger pour financer l'université. 
Atenisi en a bien besoin car elle refuse de se faire financer par le privé, et l'éducation qu'elle dispense s'affranchit et de l'influence de la monarchie et de celle des églises. Son programme sans tabous fait quelques remous... Paul Janman: 
 
«A Atenisi les étudiants et les professeurs pouvaient s'exprimer en toute liberté du moment qu'ils usaient de raison et argumentaient avec des faits. Je vous donne un exemple. Futa reconnaissait l'apport positif de la monarchie, qui a été un rempart assez efficace contre une colonisation totale. Mais d'un autre côté il jugeait qu'il y avait des tabous qui étaient néfastes pour la société tongienne.Il y a des tabous utiles comme ceux qui pèsent sur l'exploitation des ressources, ce qui protège l'environnement. Mais il critiquait des tabous néfastes comme celui de ne jamais remettre en question l'autorité du roi. Or jusqu'à 2008, quand le roi George Tupou V a cédé une partie de ses pouvoirs et de ses entreprises publiques, la distribution d'électricité et d'autres ressources vitales était dans les mains du roi, qui jouissait d'un monopole et interdisait toute concurrence de la part de roturiers. Et cet état de fait perdurait à cause du tabou selon lequel il ne faut pas remettre en question le pouvoir du roi.» 
 
EXTRAIT DU FILM  - discours de Futa en anglais 
 
Dans de telles circonstances, Futa Helu n'a jamais pu compter sur le soutien ne serait-ce que financier de la monarchie tongienne. A plusieurs reprises la licence de l'université a bien failli ne pas être reconduite par les autorités. Dans les images d'archive du film on assiste à une poignée de main glaciale entre Futa Helu et le roi de Tonga. Et les Eglises tongiennes ne voient pas d'un meilleur oeil l'enseignement de la libre-prensée: 
 
«A certains moments de sa carrière, Futa se disait athéiste. Mais à d'autres moments, il déroulait une pensée très pieuse, très religieuse. Et les Tongiens ont commencé à propager des rumeurs comme quoi les étudiants d'Atenisi étaient des mécréants, des antichrétiens. Or la majorité des étudiants sont croyants et vont à l'église. Donc c'est difficile de porter des jugements manichéens. Mais je voulais juste montrer dans le film que ces rumeurs continuaient à circuler. Malheureusement aucun prêtre n'a accepté d'en parler devant ma caméra. Mais c'est implicite dans le témoignage de cette jeune fille qui dit dans le film que les gens lui disent qu'elle représente le mal parce qu'elle ne va pas plus qu'une fois par semaine à l'église.» 
 
EXTRAIT DU FILM- témoignage d'une étudiante d'Atenisi
 
Dans "Tongan Ark", cette jeune étudiante, mise à l'index parce qu'elle ne va à l'église que le dimanche. Car les Tongiens de l'extérieur sont nombreux à juger Atenisi comme un lieu de perdition et dangereusement libertaire. 
 
EXTRAIT DU FILM - funérailles de Futa Helu 
 
Tongan Ark, le documentaire du Néo-Zélandais Paul Janman, est à l'affiche cette semaine à la Maison de la Culture de Papeete et sûrement très prochainement sur les chaînes de télé du Pacifique. 
 
 
 
 
 

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